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"Mon âme exalte le Seigneur,

exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante
désormais, tous les âges me diront bienheureuse."

(Evangile selon saint Luc chapitre 1, verset 46)

« Si les âmes voulaient se recueillir, Dieu leur parlerait tout de suite, car c’est la dispersion qui étouffe la voix de Dieu »

PJ - 452.

Tous ceux qui prient, et tout particulièrement ceux qui se consacrent à une prière longue, connaissent bien les problèmes des dispersions. Ils sont bien conscients de l'ampleur de ce problème et de la façon dont ils ressentent parfois envers eux-mêmes à la fin de la prière du dégoût, des remords, et peuvent aller jusqu’à tomber dans des crises spirituelles.

Dans le fragment de son Petit Journal, Sainte Sœur Faustine, l’une des maîtresses de prière de notre temps, attire l'attention sur des conséquences encore plus graves des dispersions : « la dispersion étouffe la voix de Dieu ». Car, comme la prière est une conversation avec Dieu, les distractions nous empêchent d'entendre Dieu et cette prière se transforme en u monologue d'homme selon le vieux proverbe polonais : "Le paysan parlait à l'image, et l'image ne lui parlait jamais une seule fois". Une frustration qui peut conduire à une crise.

Mais que faire pour se débarrasser des distractions ou au moins les réduire de manière significative ? L'expérience montre que les combattre directement en désirant les chasser ne mène à rien, et qu’en combattant les distractions pendant la prière, nous devenons encore plus distraits. La prière transformée en combat contre les distractions cesse d'être une vraie prière. Alors que faire...?

Pour répondre correctement à cette question, il faut d'abord regarder l'origine et la nature la plus profonde des dispersions. Si nous les regardons de près, nous remarquons que leur contenu est, d'une part, nos plans, rêves, visions et idées, et d'autre part, nos craintes que ces plans et ces rêves ne se réalisent pas. Un autre type de distractions est constitué des chaînes interminables d'associations d’idées ou d’images, parfois même poétiques, de séquences de souvenirs traversant le présent et évoluant vers le futur. Ce ne sont pas toujours des souvenirs d'événements agréables, mais, même lorsqu'ils sont négatifs, ils mènent à un avenir meilleur. Enfin, une autre source de distraction est l'imagination qui suggère presque constamment des images anciennes et nouvelles qui nous éloignent du sujet de la prière.

En regardant de manière générale les sources et le contenu des distractions, nous voyons clairement qu'il s'agit soit d'accomplir notre volonté, soit de craindre qu'elle ne se réalise pas, soit simplement d'échapper par lâcheté à la réalité dans laquelle nous sommes. Il s'agit donc d'une attitude contraire à la volonté de Dieu. Ici, nous atteignons l'essence la plus profonde des distractions. Toute la question est de savoir si nous avons à nous en sentir coupables, car nous sommes comme dominés et nous nous laissons glisser dans une sorte de torpeur liée à ce lieu où nous nous trouvons et où nous nous sentons comme dans un cocon, liée à la liturgie que nous connaissons si bien qu’elle devient comme un ronronnement, liée aux textes de l’Écriture que nous avons l’impression de ne pas avoir à redécouvrir.

L'homme, de manière automatique et qui lui semble tout à fait naturelle, veut accomplir sa propre volonté, ses plans et ses rêves, et il croit que son accomplissement le rendra heureux. Il a peur que sa propre volonté ne se réalise pas. L'homme n'accepte pas la réalité que Dieu lui a donnée, qui contient toujours une croix, il s'en échappe donc autant qu'il le peut : dans des associations d’idées, des souvenirs ou des images qui changent comme un kaléidoscope. Il s'y sent bien, ou, du moins, mieux ... Là, il est lui-même le créateur, le centre du monde, le maître ... Là, il ne doit pas mourir. Et si c’était une illusion ?... Cela ne le dérange toujours pas. La déception vient bien assez tôt.

Regardons, chers frères et sœurs, les premières pages du Livre de la Genèse : la dispersion est comme ces branches de figuier que nos premiers parents ont pris pour cacher leur nudité, c'est-à-dire pour se donner une dignité différente de celle qu'ils avaient originellement reçue de Dieu puis perdue à cause du péché. La dispersion, c’est comme les arbres du jardin derrière lesquels ils se cachaient, parce qu'ils ne pouvaient plus supporter la vue de Dieu (Genèse 3, 7-8).

« Si les âmes voulaient se recueillir, Dieu leur parlerait tout de suite », écrit Sœur Faustine. Le problème est que l’homme ne veut pas entendre la voix de Dieu et se cache, donc dans les distractions. Pour lui, cette voix est même une menace. La sécurité improvisée des distractions est meilleure pour lui que de se tenir nu devant Dieu. 

La première chose à prendre en compte dans le cas des distractions est la scission qui les accompagne. Nous voulons et, en même temps, nous ne voulons pas nous tenir en vérité devant Dieu ; nous voulons et nous ne voulons pas écouter Sa voix ; nous voulons et nous ne voulons pas faire Sa volonté. Il n'est pas facile de voir cette vérité, car dans les déclarations verbales, nous voulons beaucoup tout cela, mais les faits (c'est-à-dire les distractions) montrent quelque chose de complètement différent.

Plusieurs fois par jour, en priant avec les paroles de la prière « Notre Père », nous répétons, peut-être même avec ferveur : « Que ta volonté soit faite », mais quelque part au fond de nous-mêmes une petite voix nous parle : « Que ma volonté soit faite ». Et c’est là le drame de toute notre existence chrétienne, qui se révèle déjà puissamment dans la prière et pour lequel il faut trouver une solution. Car si nous ne la trouvons pas dans la prière, le reste de notre vie sera inévitablement marqué par l'ambiguïté, pour ne pas dire : le pharisaïsme. C'est pourquoi il est si important de ne pas considérer les distractions comme une partie normale de la prière qui l'accompagne toujours et avec laquelle il faut se réconcilier.

Même s'il est vrai que les dispersions sous leurs diverses formes risquent d’accompagner toujours plus ou moins notre prière, parce que nous sommes toujours accompagnés dans une certaine mesure des effets du péché originel, nous ne devons adopter une attitude de consentement à leur égard. D'un autre côté, il ne faut pas les combattre directement avec nos seules forces. Alors que faire ?

Notre Maître vient à notre aide ici, Il nous enseigne : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera » (Lc 9, 23-24). Même si nous n'y pensons peut-être pas, cet appel se rapporte à la prière et il est la solution à ce problème fondamental des distractions.

La première condition pour cette trouver cette solution est d’avoir vraiment envie de suivre Jésus. Ce qui est important, c'est la radicalité du désir, qui rejette d'autres possibilités. Sans cette radicalité de suivre Jésus, La volonté de bien prier cédera rapidement la place aux distractions. Mais même le désir le plus radical ne suffit pas. Car la lutte contre les distractions signifie la mort d’un homme en nous, de l'homme qui vit pour lui-même. Ici, la raison pour laquelle ce combat ne doit pas être entrepris directement devient claire : c’est pour ne pas devenir une lutte avec nous-même, une sorte d'autodestruction, un masochisme spirituel.

On voit que le problème des distractions est beaucoup plus profond que de simplement garder notre imagination sous contrôle ou de pouvoir nous concentrer et rester concentré. Il atteint les racines mêmes de l'humanité et sa dimension spirituelle. Naturellement, certaines distractions peuvent être éliminées en utilisant diverses méthodes simples comme, par exemple, faire une longue prière mentale ou contemplative le matin, avant d’être englouti par le tourbillon du travail et des contacts interpersonnels qui emplissent les pensées de mille choses et d’images ; ou bien se calmer avant de prier ; ou bien entrer dans la bonne humeur grâce à un lieu de prière bien choisi ou au moyen, par exemple, à d’une musique réflexive, ou en adoptant une posture corporelle appropriée…

Cher frère et sœur, tout d'abord, il ne faut pas oublier que la prière chrétienne est fondée sur la parole de Dieu et ouverte à la voix de Dieu et au don de soi-même à sa volonté, donc elle ne peut se réduire aux techniques de concentration. N’ayons pas peur de nous dire que le chrétien se tient toujours devant Dieu dans la position d'un mendiant, un homme qui se confie à l'Amour de Dieu – À Sa Miséricorde. Alors n’ayons pas peur de Lui faire confiance, et lisons ce petit passage de Petit Journal de Sainte Faustine sous le numéro 358 :

« Je ne comprends pas comment on peut ne pas avoir confiance en Celui qui peut tout. Avec Lui tout est possible sans Lui rien n’est possible. Lui, le Seigneur, ne permettra ni n’admettra pas la confusion de ceux qui ont mis toute leur confiance en Lui. »
(PJ 358)


Pierre Sokol – consacré 
apôtre de la Miséricorde Divine

 

 

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